
Il y avait une fois en Grèce
un roi dont la femme était issue d'une famille divine. Ils avaient un petit garçon et une petite fille
: Phrixos et Hellê. Le roi
Athamas aurait dû remercier les dieux de vivre en paix dans un foyer
heureux égayé par deux enfants en bonne santé.
Pourtant il n'appréciait pas son bonheur et souhaitait toujours
autre chose. Un jour il
répudia sa femme et se remaria.
C'est ainsi que Phrixos et Hellê eurent une marâtre.
Cette dernière détestait les petits, les grondait du matin
au soir et les traitait très méchamment.
Les enfants l'évitaient en se cachant dans le jardin du palais
et, lorsqu'elle ne les trouvait pas, elle se fâchait encore plus
et se plaignait au roi.
Cette situation s'aggrava lorsqu'elle mit au monde deux
garçons. On aurait eu peine
à imaginer les choses cruelles et fausses qu'elle parvenait à raconter
au roi à propos de Phrixos et d'Hellê.
Elle-même les punissait avec encore plus de sévérité et souhaitait
que leur père en fît autant. Effrayée
que ses fils aient un jour à partager avec eux les richesses royales,
elle se demandait comment elle pourrait faire pour que seule sa
descendance hérite de tout le royaume.
Son blanc visage dissimulait de noirs desseins. Enfin, elle décida de tuer les enfants. Sachant que le roi ne le permettrait pas, elle
dut préparer longuement et soigneusement son forfait.
Un jour, la reine convoqua les femmes du pays et leur
dit
"je sais combien vous êtes courageuses et pourtant
vous n'êtes pas riches. Vous
travaillez, comme vos familles tout entières, et pourtant vous avez
du mal à remplir vos greniers de blé.
Moi, j'ai découvert un moyen de tripler la récolte et serai
heureuse de vous le révéler. Avant
d'ensemencer vos champs, vous devez griller le grain et vous verrez
qu'ainsi vos granges pourront à peine contenir la moisson.
Surtout ne révélez ce secret à personne, pas même à vos maris,
car si vous le faites vous n'aurez rien et les dieux immortels puniront
votre indiscrétion."
Les femmes remercièrent la reine et chacune regagna gaiement
sa maison. Déjà, elles imaginaient
la richesse sous forme d'un chariot d'or rempli d'épis dorés. Elles furent muettes et rôtirent en secret
les semences.
Bientôt les prairies reverdirent mais ce ne furent pas
les tiges vertes et minces du blé qui jaillirent du sol, bien au
contraire : ce furent les mauvaises herbes et le chardon.
Partout la récolte fut perdue et, comme les femmes se taisaient,
personne ne sut jamais ce qui s'était passé.
Une famine terrible envahit le royaume.
Alors la rusée marâtre conseilla à son époux d'envoyer
un messager à Poracle de Delphes pour lui demander pourquoi les
dieux avaient tant éprouvé son pays.
Mais, avant que l'homme ne prenne la route, la reine l'appela,
et, lui remettant une grosse bourse d'or, lui dit :
"Ceci n'est que la première moitié de ta récompense.
Tu auras l'autre si tu fais ce que je vais te demander.
Ne va pas à Delphes. Fais
seulement mine de partir dans cette direction mais reste dans les
forêts. Le jour où tu devrais rentrer de voyage, va au palais et transmets
au roi cette prédiction : 'La famine quittera votre pays et vos
champs seront à nouveau fertiles quand vous aurez sacrifié aux dieux
Phrixos et Hellê.'"
Enivré par le trésor qu'il tenait entre ses mains, le
messager promit d'obéir avec empressement.
Il fit semblant de partir et se cacha dans les bois d'où
il revint quelque temps après porteur du terrible augure. Mais le roi refusa de s'y plier.
La mégère, craignant de voir décelée sa ruse criminelle,
souleva la population affamée pour vaincre la résistance de son
époux.